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Le travail que nous présentons ici est un essai de synthèse des doctrines relatives à la monnaie et aux finances en France du xvie au XVII siècle. La justification de ce cadre est assez aisée à fournir. Sans méconnaître les influences étrangères qui, à de certains moments, ont pu s'exercer sur la pensée économique française, nous ne pensons pas qu'il soit arbitraire d'isoler cette dernière. Une étude attentive des œuvres écloses au cours de ces trois siècles nous a conduit à cette conviction que les doctrines sont la plupart du temps directement inspirées par les faits. Or, ceux-ci ont revêtu en France des caractères assez spécifiques. La hausse des prix du xvIe siècle, avec les modalités propres à notre cadre géographique, explique l'œuvre de Bodin, comme la baisse des prix et la crise des finances publiques de la fin du xvire et du commencement du xviie siècle sont la raison d'être des écrits de Boisguilbert et du Système de Law.

Quant au temps, notre cadre ne se justifie pas moins. C'est en somme celui du mercantilisme français. Du xvre au milieu du xvme siècle, les doctrines qui apparaissent revêtent certains caractères communs. L'attention se porte de préférence vers les phénomènes dits de «< circulation des richesses ». La monnaie est l'objet de l'étude presque générale. L'accord semble se faire autour de certains concepts. Les thèses que l'école physiocratique combattra avec énergie constituent bien un tout qu'il était intéressant de dégager.

Toutefois, nous ne nous dissimulons pas les difficultés de notre entreprise. Esquisser une synthèse en une matière où l'analyse fait encore trop souvent défaut peut paraître bien téméraire. Nous nous sommes décidé cependant à tenter ce travail non pas tant, comme l'on dit, pour combler une lacune de la littérature économique qu'en raison de l'intérêt de quasi-actualité qu'il présente.

On parle beaucoup aujourd'hui de la renaissance du mercantilisme et il n'y a là aucune exagération, en présence de la politique économique de certains grands Etats, en face des préjugés courants dans le public ou dans la presse. Il pouvait donc y avoir intérêt à rechercher quelles ont été à l'égard de la monnaie, du crédit, des finances, les idées de l'époque fameuse dite mercantiliste.

Il était plus indiqué encore d'essayer de retrouver, dans la masse des doctrines monétaires, certaines idées fondamentales ou directrices, de dégager parmi celles-là certains liens de filiation, de marquer enfin les contributions successives à la science économique. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les physiocrates et l'école classique anglaise n'ont pas eu en cette matière le monopole de l'originalité ou de la perspicacité. Les néo-mercantilistes notamment ont eu l'occasion, dans la première moitié du xvIIe siècle, de nous donner des analyses réellement essentielles. Le développement historique de ces notions depuis Bodin, Poullain ou Scipion de Gramont jusqu'à Boisguilbert, Law, Cantillon ou Fortbonnais, c'est-à-dire du début de l'économie nationale jusqu'à l'école de Quesnay, méritait donc, nous semble-t-il, d'être retracé dans un travail approfondi.

En dépit du titre de notre étude, nous devons signaler que les conceptions monétaires ont toujours été au premier rang de nos préoccupations. Les doctrines financières n'ont retenu notre attention que dans la mesure, importante il est vrai, où le dérèglement des finances publiques a eu une répercussion sur les idées relatives à la monnaie ou au crédit. Nous n'avons par conséquent pas étendu notre enquête à toutes les théories financières qui ont vu le jour au cours des trois siècles étudiés. Cependant, nous croyons en avoir dit l'essentiel.

Nous avons divisé notre travail en six parties, précédées d'une introduction. Dans celle-ci, nous avons brièvement esquissé, d'après les auteurs les plus avertis, l'histoire des conceptions monétaires de l'antiquité, du moyen âge et de la Renaissance jusqu'à Copernic.

La première partie comporte une étude d'ensemble sur le mercantilisme français, tel qu'il nous paraît ressortir de l'ensemble de nos lectures.

La seconde est consacrée à la première grande expérience monétaire de l'histoire: l'afflux des métaux précieux d'Amérique et la hausse des prix qui en fut la conséquence. Nous rencontrerons dans ce cadre les écrits de Malestroict et de Bodin, attentifs à nous fournir une explication scientifique du phénomène et nous en reprendrons l'examen, ceux des officiers de la Cour des Monnaies plus spécialement consacrés aux questions de circulation monétaire et enfin

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