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» de respecter ces deux lois, il est constant, au contraire, qu'elles ► ont été ouvertement violées; considérant que le patriote et ver

tueux Challier, ainsi que Riard, se trouvaient dans le cas de jouir » de la faveur de la loi du 3 juillet , vu qu'ils étaient alors empri

sounés, conséquemment que leurs personnes devaient étre sacrées; » considérant que la mort qu'on a fait éprouver aux martyrs Challier » et Riard est un véritable assassinat commis contre le veu de la » loi; considérant que Jean Ripet, en sa qualité d'exécuteur, devait » s'abstenir, comme fonctionnaire public, de préter la main à consom» mer un pareil attentat; considérant que Jean Bernard, son adjoint, » secondant Ripet dans ses exécutions, s'est rendu également coupa

ble des assassinats des patriotes Challier et Riard; considérant que » Ripet et Bernard, qui demeuraient au faubourg de la Guillotière

pouvaient se dispenser de se rendre à Lyon pour exécuter Challier » et Riard, qui étaient généralement reconnus pour de vrais patrio» tes, considérant que dans l'exécution de Challier, Ripet et Bernard • n'ont pas usé de toutes les précautions nécessaires en pareil cas,

pour épargner à cet intrépide défenseur de la liberté tous les tour» ments qu'on lui a fait souffrir, en lui portant quatre à cinq coups de » hache sur le cou; considérant enfin, qu'une telle barbarie ne peut être que le résultat d'une combinaison perfide et atroce : Oui les réponses aux interrogatoires subis par Ripet ainé, ágé de cinquante

ci-devant exécuteur, natif de Grenoble, demeurant au » faubourg de la Guillotière, et Jean Bernard, àgé de vingt-six ans,

adjoint dudit Ripet ainé, natif de Grenoble, demeurant faubourg » de la Guillotière ;

» La commission révolutionnaire condamne à mort Jean Ripet et » Jean Bernard comme complices des assassinats commis dans les per» sonnes du patriote et vertueux Challier et du citoyen Riard. Toutes » les propriétés des sus-nommés sont confisquées au profit de la Ré

publique conformément à la loi. En conséquence, la Commission ré. » volutionnaire charge le commandant de la place de Commune-Affran

chie, de faire mettre à exécution le présent jugement, lequel sera imprimé et affiché partout où besoin sera.

» Ainsi prononcé d'après les opinions de Pierre-Mathieu Parrein, président, d'Antoine Lafaye ainé, de Pierre-Aimé Brunière, de Jo.

seph Fernex et d'André Corchand, tous membres de la Commis» sion.

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» Fait à Commune-Affranchie, le 17 germinal (6 avril) l'an 11 de la » République française une et indivisible et démocratique. »

Les deux malheureux bourreaux, reconnus coupables et condamnés comme dépositaires de l'autorité publique, demeurérent onze jours sous le coup de la sentence prononcée contre eux, sentence qui reçut son exécution le 16 avril en présence d'un concours considéra. ble de spectateurs. Ils moururent tous deux calmes et résignés :

C'est juste , disaient-ils au peuple qui les entourait, nous devions périr, non point pour avoir guillotiné Challier et Riard qui le méri» taient, mais pour avoir immolé tant de braves gens, tant d'inno»cents ! La justice ne sera satisfaite que lorsque les scélérats qui nous » font mourir pour leur avoir servi d'instruments, nous auront re.

joints à leur tour dans l'autre monde. En attendant ce jour, s'écria · Bernard avec l'exaltation du désespoir, je veux être maudit éter» nellement si mon ombre sanglante ne leur apparait pas chaque nuit » pour les réveiller dans leur sommeil et leur faire embrasser ma tete coupée. » Sa dernière parole fut une malédiction contre Fouché.

C'est ainsi qu'à Lyon se termina la mission de ce proconsul qui n'avait rien de l'homme que la face; mauvais rhéteur, audacieux athée, ne croyant à rien, pas même à l'existence de la probité réduite aux proportions étroites de l'individualisme, il partit chargé de l'exécration publique, laissant derrière lui un souvenir hideux qui ne s'est point encore effacé. « Tout est permis , d isait-il souvent, tout est » permis à ceux qui agissent dans le sens de la révolution. Pillez, » démolissez, agissez en grand, prenez tout ce qu'un citoyen a d'inu» tile; le superflu est une violation évidente des droits du peuple. On

n'a pu ni prétendu tout dire; il est des choses qu'on ne peut qu'indiquer, mais qui sont saisies par l’æil pénétrant du patriote, et » dont il sait bien faire son profit.

» Prenez garde, disait-il encore, l'or, dans les mains des traitres, peut leur servir à endormir leurs juges et leurs lois. Il n'y a d'autre moyen sûr pour les faire tous condamner à mort que celui de s'emparer

de leurs biens. Par ses ordres, un citoyen vertueux qui marquait chaque jour de sa vie par un bienfait, et consacrait sa fortune au soulagement des cl sses les plus infimes de la société, fut envoyé à l'échafaud, pour avoir distribué des portions de riz à de malheureuses familles qui mouraient de faim. Par ses ordres encore, un fondeur habile eut la tete tranchée pour avoir fondu , quoique sans-culotte, une cloche

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cuntre-révolutionnaire. Par ses ordres, toujours, un négociant honnéte fut fusillé pour avoir dit que le commerce était la meilleure preuve de la prospérité d'un pays. Digne émule de Collot-d'Herbois, il se plaisait souvent à insulter, par d'inconvenantes railleries ou par de barbares promesses, la douleur des malheureux qui venaient solliciter auprès de lui la grâce d'un parent ou d'un ami. Un jour, il dit à une jeune fille qui lui demandait, en pleurant à ses pieds , la vie de son frère : « Tu l'auras, je t'en donne ma parole; trouve-toi demain, à midi un quart, sur la place des Terreaux, ton frère te sera rendu. Le jour, en se levant, trouva la jeune fille au lieu du rendez-vous, elle avait craint, la malheureuse enfant, que l'heure de l'exécution ne fût avancée, ainsi qu'il arrivait quelquefois. Midi sonne, les portes de la prison s'ouvrent; la chaine des condamnés parait; la voix des juges prononce les arrêts de mort; Fouché est auprès d'eux. « Mon frère,

s'écrie la jeune fille en perçant la foule et en se précipitant vers lui, » mon frère! Tu m'as dit qu'il me serait rendu aujourd'hui, tu me • l'as promis. — Je tiendrai ma promesse, répondit-il froidement en

regardant sa montre, mais je te l'ai promis pour midi et un quart, » et il n'est encore que midi cinq minutes. » Dix minutes après la pauvre fille tomba sans vie; la tête de son frère venait de rouler à ses pieds.

Il fit plus encore; il promit la vie d'un homme contre la vertu d'une femme qui lui parut belle dans son désespoir; et, au mépris de ses promesses, il prit l'une et l'autre. Une autre fois, dans un moment de sensibilité, il repoussa doucement madame Perrier, que le bourreau allait rendre veuve, après lui avoir enlevé, dans l'espace de huit jours, son frère et deux oncles; il la repoussa, disant : « S'il fallait » vous écouter, vous autres femmes, je ne ferais que cela toute la jour» née; mais cela ne ferait ni mes affaires, ni celles de la République.»

Dès son arrivée à Lyon, Reverchon, jaloux de captiver la popularité des citoyens, en se faisant un mérite des mesures de clémence qui lui avaient été ordonnées, s'empressa, de concert avec ses collègues, de faire placarder plusieurs milliers d'exemplaires de la proclamation suivante :

« Citoyens,

» Nous avons résisté à vos voeux tant que la patrie nous en faisait » un devoir, et que la vengeance nationale n'était point satisfaite. Au

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jourd'hui que la justice révolutionnaire a terminé son cours, aujour

d'hui que tous les coupables auteurs, instigateurs et complices de la v rébellion lyonnaise ont payé, sous le glaive de la loi, la peine due o à leur scélératesse, et que nul conspirateur ne reste dans vos pri» sons; le temps est venu de vous rendre tous vos droits, de vous rap» peler à la dignité des hommes libres, de rétablir la confiance dans » votre cité, d'y ranimer l'industrie par des travaux utiles à la Répu• blique, et de célébrer enfin cette fête de la Raison si longtemps » désirée.

. Nous allons ces jours-ci nous occuper du soin d'en fixer l'époque, » et nous l'annoncerons solennellement dans cette commune. Les pa» triotes seront chargés d'en ordonner la pompe. Qu'ils s'empressent » donc de venir aux séances de la société populaire, pour discuter les • préparatifs qui doivent contribuer à la rendre plus brillante, C'est à » leurs mains, c'est à celles surtout des amis de Challier, et des vic» times honorables de l'infâme Précy, qu'il appartient de la diriger.

» Patriotes de Commune-Affranchie, ne balancez pas de vous ren» dre à nos désirs, nos cæurs et nos bras vous sont ouverts, et

tous les jacobins , de concert avec nous, vous attendent pour vous » donner le baiser fraternel.

» Commune-Affranchic, le 17 germinal, l'an second de la République française, une » et indivisible.

» Les représentants du peuple,
» DELAPORTE, MÉAULLE, REVERCHON. •

Ainsi qu'on devait s'y attendre en l'état de crise où la ville se trouvait encore, cette proclamation produisit deux effets contraires , rendant l'espérance au coeur des bons citoyens, mais excitant la rage de leurs persécuteurs. Les jacobins, toujours affamés de crimes, voyant ainsi mises sous la sauve-garde des lois les proies qu'ils dévoraient depuis si longtemps, cherchèrent à fomenter de nouveaux troubles, de nouveaux désordres. Criant partout à la trahison, ils couvrirent les murs de la cité de placards séditieux, formérent des rassemblements hostiles; préparant de tous leurs efforts, et appelant de tous leurs veux le jour où il leur serait facile de se livrer à leurs instincts voleurs et sanguinaires. Mais, comprimés par le silence imposant, par l'inaction de la bourgeoisie, autant que par l'attitude sévère des troupes de la garnison, ils tournèrent leur vue sur un autre point, et commencèrent à maneuvrer sur les campagnes voisines. Alors, on vit la contre-partie de la guerre des châteaux; les malveillants exploitaient tout ce qu'ils rencontraient sur leur passage, la chaumière du pauvre aussi bien que la maison du riche; cependant ils s'attachaient de préférence aux habitations séquestrées. Malheur surtout aux maisons isolées! elles étaient sûres d'etre dévalisées de fond en comble. On raconte que, dans plusieurs localités, des paysans devenus riches depuis la malheureuse sortie des soldats lyonnais, se trouvèrent tout à coup plus pauvres qu'auparavant; le bien mal acquis ne profite jamais.

Ce système de brigandage et de spoliation, organisé sur une vaste échelle, frappant, pour ainsi dire aux portes de Lyon, en vint au point, que les représentants du peuple se virent obligés de prendre des mesures énergiques pour le combattre. Le jour où ils envoyèrent de forts détachements pour purger les campagnes et donner la chasse aux brigands, ils publièrent et firent placarder l'arrêté suivant :

« Considérant que depuis quelques jours les malveillants cherchent » à souffler le feu de la discorde dans Commune-Affranchie; que tan» dis que l'on placarde les rues d'affiches abominables, tendantes à » allumer la guerre civile, et à replonger Commune-Affranchie dans » les malheurs affreux qui ont frappé Lyon rebelle, des scélérats,

gagés sans doute par Pitt et Cobourg , parcourent les campagnes » sous différents déguisements, maltraitent les personnes, violent

les propriétés, et pillent particulièrement les maisons séquestrées ; » que le général a été chargé de faire parcourir les campagnes par la » gendarmerie nationale, pour arrêter les brigands et les hommes » inconnus; que depuis quelque temps une multitude de nouveaux

visages se montrent à Commune-Affranchie, et qu'il importe de » s'assurer des intentions de ces hommes inconnus, comme aussi de surveiller leur conduite. Arrêtent ce qui suit :

ARTICLE PREMIER. » La municipalité de Commune-Affranchie se fera remettre réguliè» rement tous les jours, par les teneurs d'hôtels garnis, aubergistes, » cabaretiers et logeurs, la liste exacte des étrangers et passagers : » cette liste devra contenir le nom et la profession de chaque individu,

ainsi que le motif de son arrivée ou de sa demeure à Commune-Affranchie.

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