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multiplicité et la variété des mythes se rapportant à Bacchus s'expliquent et par la multiplicité des effets du vin et par la confusion qui s'établit avec des divinités analogues de l'Asie Mineure. Voy. Odes, III, XIX (xxv).

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Euho, recenti mens trepidat metu,
Plenoque Bacchi pectore turbidum 5
Lætatur. Eubœe, parce Liber,

Parce, gravi metuende thyrso.

Fas pervicaces est mihi Thyiadas 8
Vinique fontem lactis et uberes

Cantare rivos atque truncis

Lapsa cavis iterare mella;

Fas et beatæ conjugis 10 additum
Stellis honorem tectaque Penthei
Disjecta non leni 11 ruina

Thracis et exitium Lycurgi 12.

1. Remotis, comme plus loin separatis jugis (vers 18). Le culte de Bacchus se célébrait sur les montagnes, loin des regards indiscrets.

2.Discentes, opposé à docentem (vers 2), se rapporte à Nymphas et à aures Satyrorum (attentos satyros).

3. Satyrorum. Horace décrit les Satyres par leurs pieds de boues et leurs oreilles pointues. Les Nymphes, qui avaient élevé Dionysos sur la montagne mystérieuse de Nysa, furent toujours placées par les poètes dans le cortège du dieu, à côté des dieux secondaires qui peuplent les forêts et les montagnes.

4. Euho, 8vo. Horace, inspiré par le dieu, répète le cri des Bacchantes. - Recenti, parce qu'il vient de voir le dieu.

5. Turbidum. V. Od., II, 1x (XII), 14. 6. Parce. L'action trop puissante du dieu faisait perdre la raison. Voy. D. 21.

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7. Fas est. Il m'est permis de chanter, puisque tu m'inspires.

8. Thyiadas, autre nom des Bacchantes, de uw, s'élancer. Elles avaient le pouvoir, en frappant les rochers de leurs thyrses, d'en faire jaillir des sources de lait et de miel ou des torrents de vin. Voy. Eurip., Bacch., 142: ῥεῖ δὲ γάλακτι πέδον, ῥεῖ δ' οίνῳ, ρεῖ δὲ μελισσᾶν νέκταρι.

9. Iterare, renouveler en racontant, raconter. Plaute dit aussi : Operam date, dum mea facta itero.

10. Conjugis, Ariane, fille de Minos; son divin époux plaça parmi les astres la couronne d'or qu'il lui avait donnée (honorem). Voy. Ov., Mét., Vill, 176.

11. Non leni, litote.

12. Lycurgi. Suivant Homère (Il., VI), ce roi des Edoniens chassa le jeune Bacchus et frappa ses nourrices. JuDiter le priva de la vue. Suivant des

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1

Tu flectis amnes, tu mare barbarum 2,

Tu separatis uvidus 3 in jugis

Nodo coerces viperino

Bistonidum 5 sine fraude crines.

Tu, cum parentis regna per arduum 3
Cohors Gigantum 7 scanderet impia,
Rhætum retorsisti leonis 8

Unguibus horribilique mala;

Quamquam choreis aptior et jocis
Ludoque dictus non sat idoneus
Pugnæ ferebaris; sed idem
Pacis eras mediusque belli.

Te vidit insons Cerberus 10 aureo
Cornu 11 decorum, leniter atterens
Caudam, et recedentis trilingui
Ore pedes tetigitque

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crura.

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légendes postérieures, Lycurgue, dans l'égarement de son esprit, tua son propre fils et fut déchiré par ses chevaux.

1. Flectis. Bacchus détourna de son thyrse le cours des fleuves Oronte et Hydaspe et passa à pied sec.

2. Mare barbarum, allusion à l'expédition légendaire de Bacchus dans I'Inde.

3. Uvidus, comme vino madidus. 4. Coerces. C'est sous l'influence de Bacchus que ses prêtresses entrelaçaient dans leurs cheveux des vipères qui ne leur faisaient de mal (sine pas fraude). 5.Bistonidum. Les Bistonides étaient un peuple de la Thrace.

6. Per arduum, les hauteurs de l'Olympe.

7. Gigantum. Suivant une tradition à laquelle Euripide fait allusion dans le début du Cyclope, Bacchus, comme Hercule, prit part à la lutte des Dieux contre les Géants, parmi lesquels se trouvait Rhætus.

8. Leonis. D'après l'hymne homérique VII, c'est sur le vaisseau des pirates que Bacchus se changea en lion.

9. Quanquam. Ce mot introduit une parenthèse assez froide, où Horace rappelle que le dieu redoutable dont il célèbre les exploits préside aussi à des fêtes joyeuses. L'expression quanquam dictus... ferebaris est lourde et bizarre: idem pacis eras mediusque belli, tu étais à la fois un dieu pacifique et un dieu guerrier, semble bien forcé. Beaucoup considèrent cette strophe comme interpolée. Le mouvement qu'elle interrompt reprend aussitôt : Te (29) répond à tu (17, 18, 21).

10. Cerberus. Bacchus descend ici aux Enfers pour en ramener sa mère Sémélé. Cerbère le vit sans l'attaquer, insons.

11. Cornu. La corne est l'attribut de la force. Bacchus s'appelle chez les poètes grecs κερασφόρος, χρυσόκερως, ταυρόκερως.

12. Trilingui. Cerbère a trois têtes, par conséquent trois langues. Voy. Tib., III, IV, 88: Cui tres sunt linguæ tergeminumque caput.

13. Tetigitque, comme mediusque (v. 28). Voy. Rem. 52.

XVII (XX)

Le poète se promet l'immortalité, dans une pièce qui est l'épilogue des deux premiers livres : c'est le même fond que l'ode placée à la fin du troisième livre. Mais la forme est bien différente. Horace suppose qu'au moment de sa mort il est changé en cygne (le cygne est l'oiseau d'Apollon). Sous cette forme, il parcourra tout l'univers et sera connu des peuples les plus éloignés. Que Mécène ne s'afflige donc pas de sa mort. Il ne faut pas s'étonner de la confiance d'Horace; les poètes latins ont presque tous parlé de leur mérite sur le même ton. La transformation en cygne n'a pas non plus en elle-même lieu de nous surprendre. Dans la République de Platon, on voit l'àme d'Orphée revêtir le corps d'un cygne. Euripide dans un fragment décrit une metamorphose semblable : Χρύσεαι δή μοι πτέρυγες περὶ νωτώ καὶ τὰ Σειρήνων ἐρόεντα πέδιλα 'Αρμόζεται. Βάσομαι τ' ἐς αἰθέρα πολύν Αερθείς, Ζηνὶ προςμίξων. On ne peut s'empêcher de trouver assez bizarre la description précise, qui rappelle les Métamorphoses d'Ovide (9-14); le texte présente aussi des difficultés de détail, que l'on ne peut résoudre avec certitude. Aussi a-t-on souvent mis en doute l'authenticité de cette pièce ou du moins de plusieurs vers. Rapprocher cette épigramme d'Ennius, qu'Horace semble avoir développée en l'habillant d'ornements poétiques :

Nemo me lacrimis decoret nec funera fletu
Faxit. Cur? Volito vivus per ora hominum.

Non usitata 1 nec tenui ferar
Pinna biformis 2 per liquidum æthera
Vates, neque in terris morabor
Longius invidiaque major

3

1. Usitata, commun, ordinaire. 2. Biformis, homme et cygne. 3. Longius, mis fréquemment pour diutius.

4. Invidia major, vainqueur de l'envie. Cette idée semble étroitement liée à la suite, pauperum sanguis parentum et quem vocas, et l'on songe aux vers 45-46 de la Sat. I, vi :

Quem rodunt omnes libertino patre natum Nunc quia sum tibi, Maecenas, convictor. Les mots quem vocas auraient à peu

près le même sens que sum tibi con victor. Mais l'expression est obscure elle a été interprétée diversement quem vocas (nomine), celui que tu appelles Horace; quem vocas, celui que tu appelles à haute voix (dans les funérailles), etc. On a proposé diverses variantes: quem vocas « dilecte », Mæcenas quem foves, quem vetas (obire), quem vocant (Bentl. Keller); le sens serait, dans ce dernier cas quem pauperum parentum sanguinem vocant.

Urbes relinquam. Non ego, pauperum
Sanguis parentum, non ego, quem vocas,
Dilecte Mæcenas, obibo

Nec Stygia cohibebor unda.

Jam jam residunt cruribus asperæ 1
Pelles et album mutor in alitem
Superne 2, nascunturque leves
Per digitos umerosque plumæ.
Jam Dædaleo 3 tutior Icaro
Visam gementis litora Bospori

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1.Asperæ,couvert de plumes, opposé à leves, vers 11.

2.Superne.V.p.21.La finale est brève, comme plusieurs fois chez Lucrèce. 3. Dædaleo tutior. Leçon de Bentley, préférable pour le sens à ocior, qui d'ailleurs forme un hiatus sans exemple dans les vers d'Horace non dactyliques ou ïambiques. Beaucoup de man. ont notior; mais il serait bizarre que le poète comparât sa gloire à la notoriété ridicule d'Icare.

4. Syrtes. V. Od., I, xix (xx11), 5. — Gætulas pour Mauretanas. -Canorus. allusion au préjugé bien connu relatif au chant du cygne ».

5. Hyperboreos campos, les plaines

du nord.

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6. Marse. La bravoure des Marscs était proverbiale.

7. Peritus. Déjà du temps d'Auguste, les lettrés ne manquaient ni en Espagne, ni en Gaule, à Marseille surtout. Cette épithète oppose ces peuples civilisés aux barbares dont il est question plus haut.

8. Rhodani potor, les habitants des bords du Rhône.

9. Inani funere, parce qu'il manquera le corps du défunt; c'est presque la traduction de κενοταφίῳ. Neniæ. Voy. Od., II, 1, 38.

10. Mitte, pour omitte.- Supervacuos. On ne trouve avant Horace que la forme supervacaneus.

LIVRE III

I

Les six premières odes, en strophes alcaïques, sont des exhortations morales. Aussi ont-elles été considérées par Porphyrion et Diomède comme ne formant qu'une ode. Cette opinion a été adoptée par plusieurs savants modernes. Peerlcamp a considéré les six odes comme une sorte de poème gnomique dont le texte serait altéré par des interpolations; mais sa tentative pour rétablir l'unité est absolument arbitraire. Il est facile de voir d'ailleurs que ces six pièces ont chacune leur incontestable unité, des différences notables qui empêchent de les confondre, et elles ne paraissent pas même écrites exactement à la même époque, bien qu'elles se rapportent, selon toute vraisemblance, au moment où Auguste s'efforçait de restaurer à Rome la piété et les vertus antiques (vers l'an 27). Le poète cherche visiblement à seconder l'œuvre du maître, comme faisait Virgile lorsqu'il composait les Géorgiques.

La première ode, écrite après 33, puisque Horace possédait sa terre de la Sabine lorsqu'il la composa, loue la tranquillité de l'âme opposée aux tourments que cause la poursuite des richesses.

Voici le plan du poème.

C'est aux jeunes Romains des deux sexes que le poète adresse des chants nouveaux (1-4). Les trésors et les honneurs que l'on poursuit ne peuvent nous soustraire aux coups du sort et à la commune destinée (5-16). Aucun plaisir ne peut être goûté par ceux que tourmentent les soucis (17-25). Celui-là seul jouit de la paix de l'âme qui ne désire que le nécessaire (26-40). Je ne souhaite rien de plus que ce que je possède.

Odi profanum vulgus et arceo.

Favete linguis 2; carmina non prius

1. Odi. Horace, se disant Musarum | temples. Virg., En., VI, 258: Procul, sacerdos, emprunte le langage que o procul este, profani.

tenaient les prêtres à la porte des

2. Favete linguis, svpnpette; la

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