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Qui pulchre nosset 1. Consistimus. « Unde venis et
Quo tendis 2?» rogat et respondet. Vellere cœpi
Et pressare manu lentissima brachia, nutans,
Distorquens oculos, ut me eriperet. Male salsus
Ridens dissimulare ; meum jecur urere bilis 6.
<< Certe nescio quid secreto velle loqui te
Aiebas mecum. »> - « Memini bene, sed meliore
Tempore dicam hodie tricesima Sabbata 8 : vin tu
Curtis Judæis oppedere? » — « Nulla mihi », inquam,
<«< Religio est. » — «‹ At mi : sum paulo infirmior, unus
Multorum. Ignosces; alias loquar. » Huncine 10 solem
Tam nigrum surrexe 11 mihi! Fugit improbus ac me
Sub cultro linquit. Casu venit obvius illi 12

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qui sont dédiées l'ode XIX (XXII) du liv. I: « Integer vitæ », et l'épître x du liv. I : « Urbis amatorem ».

1. Pulchre, comme probe, bene. - Qui nosset, qui était en situation de connaître mon homme.

2. Unde venis et quo tendis? Formule ordinaire. Unde et quo Catius? (Sat., II, Iv, 1.) — Rogat et respondet, sous-ent. eadem roganti... Vellere, tirer par le vêtement.

3. Pressare, presser à plusieurs reprises; ce mot répond bien à lentissima brachia,les bras qui restent immobiles, insensibles. Prensare, donné par beaucoup d'éditions, voudrait dire plutôt « saisir vivement ». Au figuré, lentus veut dire aussi « tranquille, qui ne s'émeut pas ». Cicéron dit, De Or., II, 190 : Iræ opponitur aliquid lente ferre.

4. Male salsus, mauvais plaisant. Voy. Sat., I, III, 45.

5. Dissimulare, inf. de narration. Il fait semblant de ne s'apercevoir de rien.

6. Jecur, siège de la colère, comme le cerveau au vers 11. On dit aussi en français: La bile s'échauffe, brûle le foie.

7. Certe. Horace place ce mot avec memini pour empêcher Fuscus de le démentir, puisqu'il ne répond pas à Bes signes.

8. Tricesima Sabbata. Fuscus ré

| pond plaisamment à Horace qu'il ne veut pas heurter les Juifs, en parlant affaires un jour de sabbat. Suivant les scholiastes, tricesima Sabbata voudrait dire le sabbat qui est célébré le trentième jour, c'est-à-dire tous les mois (à la nouvelle lune). De même Ovide appelle le sabbat des Juifs Culta Judæo septima sacra. Suivant d'autres, il s'agirait d'une fète solennelle, par exemple celle des Tabernacles, à laquelle, à l'aide de calculs plus ou moins hypothétiques, on pouvait appliquer le mot de tricesima Sabbata. La question n'a pas été résolue, et, des diverses explications, celle des scholiastes paraît la plus acceptable. -Vin tu? Voy. Rem. 9. Cette interrogation, placée dans la bouche de Fuscus, continue la plaisanterie « Est-ce que tu voudrais? Tu ne veux pas, je pense, offenser les Juifs?» Bentley lisait à tort vis tu, est-ce que tu ne veux pas? et mettait ces mots dans la bouche d'Horace.

9. Unus multorum, un homme du grand nombre, un homme ordinaire; tout différent de paucorum hominum, au vers 44.

10. Huncine et non hunccine. Voy. Bréal et Bailly, Dict. étym., art. NE. 11. Surrexe. Sur la syncope, voy. Rem. 11.

12. Illi, l'importun, dont l'idée est renfermée dans sub cultro

Adversarius et : « Quo tu turpissime? » magna
inclamat 2 voce, et : « Licet antestari 3? » Ego vero
Oppono auriculam. Rapit in jus; clamor utrimque,
Undique concursus . Sic me servavit Apollo ".

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Les admirateurs de Lucilius avaient reproché à Horace les réserves qu'il avait faites, tout en louant son prédécesseur, dans la quatrième satire. Horace reprend son jugement et l'explique. C'est pour lui une occasion de prendre parti dans la querelle des anciens et des modernes; il se déclare nettement pour ces derniers, et marque la place qu'il veut occuper parmi les écrivains de son temps. Voici le plan de la satire :

Horace a blámé dans Lucilius la structure imparfaite des vers; mais il a rendu hommage à son esprit satirique on peut avoir certaines qualités sans posséder toutes celles qu'exige le genre que l'on cultive (1-19).

De maladroits admirateurs font à Lucilius un mérite de ce qu'il mélange les mots grecs aux mots latins. A cette occasion, Horace rappelle que lui aussi a commencé par écrire en grec, qu'il y a renoncé pour tâcher de prendre sur le Parnasse romain la place que les poètes ses contemporains ont laissée libre : il veut succéder à Lucilius (20-50). Oui, il regarde Lucilius comme son maître; il remarque toutefois ses défauts; c'est ce que faisait Lucilius lui-même à l'égard d'Accius et d'Ennius: on a donc le droit de regretter pour Lucilius qu'il n'ait pas vécu plus tard (51-71).

1. Adversarius. Celui avec qui il | jus vocas? est en procès, vers 36.

2. Inclamat, crier à quelqu'un, ἐμβοᾶν τινὶ.

3. Licet antestari. Lorsque deux plaideurs s'étaient assignés en déposant une caution, si l'un des deux faisait défaut, l'autre avait le droit de l'appréhender au corps, en prenant à témoin un des assistants. Si

celui-ci consentait, celui qui réclamait son assistance lui touchait l'oreille en disant : « Memento, quod tu mihi in causa testis eris. » Horace emploie les termes techniques, tels que nous les trouvons dans un passage de Plaute (Perse, VII, 45): Age, ambula in jus. Quid me in

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cam,

Illi apud prætorem diNonne sed ego in jus voco. Tuane ego causa, carantestaris? nifex, cuiquam mortali libero aures atteram?

4, Oppono. Horace s'empresse de présenter l'oreille en répondant: Licet.

5. Clamor utrimque, undique concursus. Les cris poussés par les deux adversaires attirent les passants, provoquent un rassemblement.

6. Sic me servavit Apollo. Ce dénouement épique fait penser à Homère, I., XX, 443: Tòv d' ("Extoρα) ἐξήρπαξεν Απολλων, passage cité par Lucilius, Fr., VI, 26 (éd. L, Müller).

Maintenant il faut viser à la perfection de la forme si Horace ne plaît pas ainsi à tout le monde, il lui suffit d'obtenir le suffrage d une élite, Virgile, Varius, Mécène, Pollion, Messala, etc.

Cette pièce est manifestement l'épilogue du recueil et a dû être composée à l'époque où celui-ci a été publié, en 32 avant Jésus-Christ.

[Lucili 1, quam sis mendosus, teste Catone
Defensore 2 tuo pervincam, qui male factos
Emendare parat versus, hoc lenius ille 3,
Quo melior vir est longe subtilior illo,
Qui multum puerum 5 loris et funibus udis
Exhortatus, ut esset opem qui ferre poetis
Antiquis posset contra fastidia nostra,

Grammaticorum equitum doctissimus. ut redeam illuc :]

Nempe 6 incomposito dixi pede currere 7 versus

Lucili. Quis tam Lucili fautor inepte est,

-Ut non hoc fateatur? At idem, quod sale multo

Urbem defricuit, charta laudatur eadem.

Nec tamen, hoc tribuens, dederim quoque cetera : nam sic 5 Et Laberi mimos, ut pulchra poemata, mirer.

1. Lucili. Les vers 1-8 ne sont évi- | demment pas d'Horace. Ils ne sont donnés que par des manuscrits de la troisième classe de Keller.

2. Catone defensore, je forcerai même ton défenseur Caton de reconnaître tes imperfections qu'il veut corriger. P. Valerius Cato, poète et grammairien, contemporain de Cicéron, vécut extrêmement vieux, suivant Suétone. Il pouvait donc commenter Lucilius au moment où Horace écrivait ses Satires. C'est probablement de lui qu'il est question ici.

3. Ille, Caton; au vers suivant, illo désigne un autre personnage, probablement Orbilius.

4. Vir. Faute de quantité. Var.: et est. 5. Multum puerum, pour multos Dueros exhortatus est, à moins qu'on ne lise puer est... exhortatus ou exornatus. Chacun de ces vers est énigmatique. Ces obscurités mêmes prouvent qu'ils ne sont pas d'Horace. Il est évident que ce fragment, quel qu'en soit l'auteur, a été artificiellement rattaché au début de la satire, à l'aide |

des mots ut redeam illuc, qui n'ont guère de sens.

6. Nempe... dixi, oui, j'ai dit. Perse a un début semblable, Sat., I, 1. Comparez La Fontaine, Fables, XI, 6: [un point? Mais d'où vient qu'au renard Esope accorde

7. Currere, à cause de la rapidité de la composition; au vers 9, au contraire, le même mot désigne une qualité, la rapidité du style.

8. Hoc, quod sale multo urbem de fricuit.

9. Laberi mimos, Laberius, chevalier romain, mort en 43 av. J.-C., auteur de mimes qui eurent un grand succès. On désignait sous ce nom des scènes de la vie ordinaire (μιμησις Blou), autrefois improvisées; puis, écrites du temps de César, par Labérius et P. Syrus. Labérius, chevalier connu par son caractère fier et son esprit mordant, après avoir écrit divers mimes pour des fêtes données par des édiles, fut contraint par J. César de monter sur le théâtre et de jouer lui-même, à l'occasion des fêtes

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