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Nous le faisons assez sobrement d ailleurs pour que l'on ne puisse pas nous accuser de vouloir ressusciter le vieux jeu. Les professeurs, nous l'espérons, ne nous en blâmeront pas. Nous aimons à croire également que l'on nous saura gré d'avoir multiplié les figures, cartes et plans, destinés à rendre plus aisée et plus agréable la lecture des œuvres d'Horace, et d'avoir adopté des dispositions typographiques qui facilitent soit les recherches dans le volume lui-même, soit la confrontation avec les éditions non expurgées : le numéro de chaque ode est accompagné, quand il y a lieu, du numéro qu'elle porte dans les éditions complètes, et nous avons mis en tête de chaque page non seulement le titre du livre, mais le numéro d'ordre de chaque pièce.

On voit quel a été notre but, et dans quelle pensée nous nous hasardons à donner une nouvelle édition d'un auteur tant de fois publié et dans des ouvrages de la plus haute valeur. Nous serions heureux d'avoir réussi à mériter l'approbation de nos collègues et d'obtenir en même temps leur indulgence pour les imperfections, qui sont inévitables dans un travail de ce genre, quelque attention qu'on y puisse apporter.

A. W.

HORACE

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER

NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE

I

Horace (Quintus Horatius Flaccus) naquit le 8 décembre de l'an 65 avant Jésus-Christ, à Venouse, où son père, un affranchi (Sat., I, vi,45), possédait un petit bien (Sat., I, vi, 71), et remplissait les fonctions de receveur des enchères; d'après Suétone 1, il exerçait aussi un petit commerce.

Le père d'Horace lui donna une excellente éducation; il le conduisit à Rome et lui fit suivre les leçons des meilleurs maîtres (Sat., I, vi, 76; Epl., II, 11, 41).

H

Plus tard, le jeune Horace fut envoyé à Athènes, comme les fils des grandes familles, pour y compléter son instruction et suivre, entre autres, les leçons de Philostrate (Epl., II, 11, 45). Les événements politiques interrompirent le cours de ses études. Après la mort de Jules César, Brutus vint à Athènes, gagna à sa cause les

Horace d'après une médaille contorniate.

1. Voyez la Vie d'Horace par Suétone, dans les Frag. publiés par Reifferscheid, 1860. Les plus importants travaux modernes sur la vie d'Ilorace

jeunes Romains qui s'y trouvaient, et parmi eux Horace, alors âgé de vingt-deux ans il le suivit dans les camps, et fut nommé par lui tribun des soldats (Sat., I, vi, 48).

La bataille de Philippes mit une prompte fin à sa carrière militaire (Od., II, vii, 9). Il revint en Italie, à la faveur d'une amnistie: son père était mort, son patrimoine avait été confisqué (Sat., II, п, 114). C'est alors qu'il commença à écrire, et qu'il fit la connaissance de Mécène, par l'intermédiaire des poètes Virgile et L. Varius (Sat., I, vi, 55; II, vi, 40), avec qui il s'était lié, grâce à ses vers (Sat., I, 5, 40; Od., I, 3). 11 s'était fait connaître en effet, dès son retour à Rome, la pauvreté ayant enhardi sa muse (Epl., II, 11, 51).

Bientôt la générosité de Mécène lui épargna les soucis matériels. Il lui donna son domaine de la Sabine; notre poète avait alors trente et un ans (34 av. J.-C.); il venait de publier son premier livre des Satires. La villa d'Horace était située sur le territoire de Varia, aujourd'hui Vicovaro, à une dizaine de kilomètres au nord de Tibur 1. Suétone semble affirmer qu'il possédait une autre propriété dans cette dernière ville; mais rien, dans les écrits d'Horace, ne confirme cette assertion; elle est contredite au contraire par ce que le poète nous dit à chaque instant de la modération de ses désirs et de son aurea mediocritas. Il est certain d'autre part qu'il possédait à Rome une maison où il était servi par trois esclaves (Sat., I, vi, 114).

Mécène fit connaître Horace à Octave, envers qui le poète semble avoir conservé, jusqu'à la bataille d'Actium, des sentiments d'antipathie et de répulsion. Dans un åge plus mûr, il comprit que la république n'était plus possible, et reconnut dans Auguste le sauveur de Rome. La défaite d'Antoine, la sagesse de l'administration intérieure, en particulier les importantes réformes d'Agrippa en 28 et 27, achevèrent de l'attacher au nouveau régime. D'ailleurs, tous ses amis politiques d'autrefois, même les plus obstinės, rentraient peu à peu en grâce; enfin les succès obtenus par les armes d'Auguste sur les peuples jusqu'alors indomptés de l'Espagne, des Alpes, du 'Danube et du Rhin, éveillaient ses sentiments patriotiques. Mais s'il a célébré, avec tous les

sont : MASSON, Q. Hor. Flacci vita, 1808; WALCKENAER, Histoire de la vie et des poésies d'Horace (2° éd.), 1858; NOEL DES VERGERS, Etude biographique, dans l'éd. Didot, 1856; FRANKE, Fasti Horatiani, Berlin, 1839; L. MULLER, Q. Hor. Flaccus (allem.), Leipzig, 1880; Cf. TEUFFEL, Hist. de la littérat. romaine, art. Horace; PATIN, Etude sur la vie et les ouvrages d'Horace (Introduct. à la trad. des OEuvres d'Horace), Paris, 1866; H. RIGAL, Étude sur Horace (Introd. à la trad. de la Collection Panckoucke).

1. D'après l'abbé Capmartin de Chaupy, qui consacra une partie de sa vie et presque tout son avoir à rechercher l'emplacement de la maison de campagne d'Horace (1767). De nombreux travaux ont été faits à ce sujet. Voy. WALCKENAER, I, p. 464; NOEL DES VERGERS, Étude biogr. sur Horace, Paris, Dido!, 1855; G. BOISSIER, Nouvelles promenades archéologiques, Paris, 1886, ch. I.

poètes de son temps, la politique et les exploits du maître que Rome s'était donné, il ne renia jamais son passé, et garda intactes sa dignitė et son indépendance. Nous savons par Suétone qu'il refusa le poste de secrétaire particulier de l'empereur, et celui-ci lui reprocha à plusieurs reprises la réserve où il se tenait, comme s'il craignait de se déshonorer vis-à-vis de la postérité en paraissant être son familier: An vereris ne apud posteros infame tibi sit, quod videaris familiaris nobis esse. Nous n'avons guère d'autres renseignements sur la vie d'Horace. On trouvera dans les notes ceux qui concernent ses nombreux amis. Il ne se maria pas, et sa santé s'altéra de bonne heure; il avait toujours souffert des yeux. Il était petit de taille, et Auguste, dans une lettre, le comparait à un petit tonneau. Mécène, en mourant, le recommanda à l'empereur; mais il ne survécut que quelques semaines à son protecteur. Il mourut dans sa cinquante-septième année, le 27 novembre de l'an 8 avant Jésus-Christ, et fut enterré aux Esquilies, près du mausolée de Mécène.

II

La carrière littéraire d'Horace peut se diviser en trois périodes. Dans la première, il composa ses Satires et ses Épodes, qu'il termina en 29 ou 30 avant Jésus-Christ, à l'âge de trente-six ans; le premier livre des Satires avait paru avant Actium, en 34 ou 35; le second fut publié en même temps que les Épodes.

La seconde période va jusqu'en 24 ou 23, époque à laquelle Horace a publié les trois premiers livres des Odes, les deux premiers livres formant probablement un seul recueil.

:

Dans la troisième, il fit paraître successivement le premier livre des Épitres en 20, à l'âge de quarante-cinq ans, comme il le dit lui-même dans la dernière pièce, qui sert d'épilogue; le Chant séculaire en 17; et le quatrième livre des Odes après l'an 13. Quant aux trois épitres du second livre, on ne peut rien affirmer de certain sur la date exacte de leur publication. (Sur les questions de chronologie, voyez les arguments des divers poèmes.)

Les Satires sont appelées Sermones dans la plupart des manuscrits, c'est le titre adopté par les scholiastes et les grammairiens. Cependant, pour Horace lui-même, le mot Sermones désignait évidemment le genre tout entier, comprenant les Satires et les Épîtres; la satire était spécialement appelée Satira ou mieux Satura (Sat., I, 1, 4; Epl., II, 1, 250; Sat., II, 1, 1; II, vi, 17). Ce mot vient de satura lanx, plat farci, potpourri. Cette étymologie concorde avec l'histoire du genre satirique à Rome. Le mot Satura avait désigné d'abord les représentations scéniques des jeunes gens du Latium, composées de chants, de récits comiques et de danses; elles avaient été introduites à Rome en 390. Plus

tard, elles servirent d'exodes aux représentations dramatiques, et cédèent enfin cette place aux Atellanes.

La satire, dans un autre sens, fut introduite par Ennius (239-169 av. J.-C.); c'était un mélange de petites pièces, qui se distinguait par la diversité des sujets et des formes métriques. Lucilius (148-104) perfectionna la satire, y employa exclusivement l'hexamètre; mais le fond en resta très mêlé: on y trouvait le récit d'aventures personnelles, des traits satiriques contre les coquins, des confidences de tout genre.

Horace se donne comme le disciple de Lucilius: il conserva la forme adoptée par son prédécesseur, et restreignit seulement la nature des sujets traités; c'est à Lucilius, en passant par Horace, que remontent directement Perse et Juvénal. Quintilien a donc pu dire, dans un certain sens, que la satire est un genre tout romain, Satira quidem tota nostra est. Cependant la poésie satirique, dans l'acception large du mot, n'était pas inconnue des Grecs. Sans parler du théâtre, Timon de Phlie avait écrit, en 200 avant Jésus-Christ, trois livres de Sylles en hexamètres, où il attaque violemment les opinions des philosophes, ses adversaires. Bion de Borysthène (250 av. J.-C.) est nommé et caractérisé par Horace Bioneis sermonibus et sale nigro (Epl., II, 11, 60). On cite encore Rhinton et surtout Ménippe, le philosophe cynique de Gadara (vers 270 av. J.-C.), qui écrivit des dialogues mêlés de prose et de vers, où il raillait vivement les querelles des philosophes. Il fut imité plus tard par Lucien; mais déjà du temps de Cicéron il eut un imitateur romain dans M. Térentius Varro, de Reate (116-27): les fragments que nous possédons de ses Satires Ménippées montrent qu'il voulait faire une sorte de vulgarisation philosophique et de prédication morale; il employa un mélange de prose et de vers variés, où il prodiguait les archaïsmes et les termes grecs.

A l'exemple de Lucilius, c'est surtout lui-même qu'Horace a dépeint dans ses Satires; habitué dès l'enfance par son père à observer les vices des hommes, il continua à les décrire avec esprit, et à tirer de sa propre expérience des maximes utiles à tous. Tel est le fond commun des Satires, des Épîtres, et, dans une certaine mesure, des œuvres lyriques elles-mêmes; le poète est avant tout un moraliste. Mais, entre ses divers écrits, l'âge a mis pour le fond comme pour la forme de sen sibles différences. Déjà, dans le deuxième livre des Satires, on reconnaît un esprit calmé, élargi, plus tranquille et plus heureux : la critique n'est plus aussi acerbe, elle a un caractère moins personnel. Dans le premier livre abondent les attaques directes; dans le second sont traités plus de sujets généraux, tels que les principes de morale des écoles philosophiques; la sixième pièce Hoc erat in votis est presque une idylle. D'autre part, l'attaque prend une forme indirecte: c'est presque toujours un dialogue, où l'auteur se place lui-même au second rang; dans la cinquième satire, il n'apparaît même pas : c'est Tirésias et Ulysse qui sont en scène.

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